Le bouffon a parcouru fièrement son nouveau territoire. SIGFREDO HARO

SAINT-PREX – Mieux qu’une mascotte, le bourg a désormais son bouffon, intronisé samedi lors de « Saint-Prex sur les quais ».

 

JOCELYNE LAURENT
jlaurent@lacote.ch

Un puissant roulement de tambour annonçait que l’instant était solennel. Soudain, un personnage curieux portant cape rouge et chaussures à pompons jaunes, arborant fièrement les armoiries saint-preyardes sur son torse, a fendu la foule amassée sur la place de l’Horloge. « Oyez, oyez bonnes gens! Ratatam Ier, jure sur ce verre de vinaigre que tu vas remplir ton rôle bouffonnesque », lui a lancé Daniel Mosini, seigneur des lieux. « Par ma carcasse et mes grimaces, je le jure » , a répondu le bouffon. Et Daniel Mosini de lui remettre « bonnet de maître de la gaieté et sceptre approprié ».
Samedi, le premier bouffon de Saint-Prex a été officiellement et solennellement intronisé sur la place de l’Horloge, dans le cadre de la biennale « Saint-Prex sur les quais ». Si, pour l’occasion, le personnage comique était incarné par le comédien Gil Pidoux, les maîtres des lieux ne dédaigneraient pas qu’un Saint-Preyard endosse le costume du grotesque personnage.
« S’il y a un bouffon, qui est le roi? », demande-t-on au syndic Daniel Mosini. « Il n’y a pas de roi à Saint-Prex,
contrairement au Moyen Age » , rétorque le chef de l’exécutif. Bien. Mais le bouffon du XXI e siècle a-t-il le droit de tout dire? « Oui, s’il maîtrise l’art de le dire avec beaucoup de respect, d’humour et de fantaisie » , répond le syndic.

 

A quand un bouffon du cru?

 

Prudent, le bouffon assurait, lors de son intronisation « agir, parler et bouffonner sans méchanceté ni vulgarité, à la santé et au rire » , ajoutant « et à la santé du syndic! » , conscient que son rôle n’avait rien d’éphémère et qu’il fallait, malgré tout, s’attacher les bonnes grâces des élus. « On souhaite que le bouffon de Saint-Prex soit une sorte d’ambassadeur de la commune. Que ce personnage symbolique de la fête et du bourg médiéval perdure au fil des fêtes et autres animations locales et au gré de acteurs qui se révéleront dans le bourg » , relevait Daniel Mosini.

 

Rendons à César…

 

Si la manifestation est à l’origine une initiative de la Municipalité, les autorités ont confié à un comité formé de six personnes, emmenées par Michel Conne, la mission d’organiser cette deuxième édition de « Saint-Prex sur les quais ». C’est d’ailleurs à elles que revient la paternité de l’idée d’introniser un bouffon.
« La première édition de « Saint-Prex sur les quais », avait très bien marché » , explique Daniel Mosini. La fête villageoise a la particularité de mêler activités culturelles, sportives et gastronomiques. Et de faire la part belle à tous les artistes, en herbe et confirmés, du bourg, ainsi qu’au dynamisme des sociétés locales. Dimanche, le petit- déjeuner confectionné par les Paysannes vaudoises, servi sur les quais et offert gracieusement par les autorités, a une nouvelle fois connu un succès phénoménal. Ils étaient plus de 600 ans à ripailler joyeusement, tandis que le bouffon faisait ses pitreries.
Parmi les autres temps forts de cette édition, la première du spectacle de Jean-Pierre Althaus, homme de théâtre saint-preyard. « Il nous a fait l’honneur de réserver à Saint-Prex la première de sa pièce « Les Pensées ne sont pas que des fleurs », avant une tournée » , signalait Michel Conne. Et la pianiste virtuose Mélodie Zhao a transmis sa fougue à un public ravi sur un piano à queue posé devant le lac. Enfin, quelque 220 élèves primaires ont agrémenté les quais d’une exposition de leurs dessins sur le thème lacustre. A voir jusqu’au 12 juillet.
Fidèle à sa désormais tradition de partage, « Saint-Prex sur les quais » n’a pas fait que rompre le pain dans un grand élan de communion. Le public pouvait également partager une immense feuille de 20 mètres pour y tracer un dessin commun et s’essayer sur deux « pianos en liberté », installés sur l’herbe, en plein air, pour donner libre cours à sa créativité.
A l’origine, les habitants de Saint-Prex avaient l’habitude de fêter « La Saint-Preyarde » en alternance avec l’Abbaye. En 2013, la traditionnelle fête est devenue « Saint-Prex sur les quais ».