Jean-Pierre Althaus croqué dans la Cave du Château de Saint-Prex, 
où il a joué la première de son spectacle.

PAR SIGFREDO HARO

Jocelyne Laurent
jlaurent@lacote.ch

Il a fondé et dirigé le théâtre L’Octogone de Pully, a été nommé Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la culture française, a interprété « Christophe Colomb » de Paul Claudel sous la direction de Jean-Louis Barrault. Pourtant cet été, il distribuait, un par un, juché sur son vélo, les flyers de son futur spectacle dans toutes les boîtes aux lettres de Saint-Prex. Il est ainsi Jean-Pierre Althaus, humble, généreux, accessible, malgré sa stature impressionnante qui lui donne ce petit air faussement altier.

Quoique: l’homme éprouve une certaine admiration pour les monarchies constitutionnelles. En ce caniculaire
vendredi de juillet, il portait un foulard bleu aux motifs de la fleur de lys – emblème de Saint-Prex également – façon Louis XIV. L’homme aime ce qui a du panache et ne s’en cache pas. Ce qui ne l’empêche pas, une seconde plus tard, de faire preuve d’autodérision et de partir dans un grand éclat de rire. Presque l’art d’un transformiste.

Jean-Pierre Althaus est ainsi capable d’endosser tous les rôles, du bailli Gessler dans « La véritable histoire de Guillaume Tell », de Michel Bühler, au baron Tavernier dans le film de Philippe Nicolet « Les aventures en Orient du baron Tavernier », en passant par un médecin dans un film de Samuel Benchetrit « Un voyage » ou encore Auguste dans « Paradis lapin », spectacle écrit par ses soins.

 

Une pièce pour Saint-Prex

Prolifique, « l’auteur, acteur et journaliste » – c’est ainsi et dans cet ordre qu’il se définit -, ne s’arrête jamais. « Récemment, j’étais en toge romaine » , s’amuse-t-il. Le Saint-Preyard vient à peine d’achever un péplum de Philippe Nicolet, dont l’intrigue se situe en 179 après Jésus-Christ à Aventicum. En septembre, il jouera dans un spectacle dédié à Jean-Villard Gilles.
Il a participé au tournage du péplum alors qu’il était en pleine écriture de son tout dernier spectacle « Les pensées ne sont pas que des fleurs », une conférence théâtrale où l’humour, la philosophie et la musique cohabitent. Jean-Pierre Althaus y fait dialoguer Voltaire et Rousseau. Et démontre que l’on peut relever le défi de présenter un spectacle intelligent, profond et drôle en même temps. Si l’acteur est lui-même un érudit, féru d’histoire, de littérature et de philosophie, son bonheur réside avant tout dans le partage – de ses connaissances, d’une émotion – et dans la conviction qu’il faut être à la hauteur de l’intelligence du public.
L’auteur a souhaité présenter en exclusivité cette pièce à ses concitoyens dans le cadre de « Saint-Prex sur les quais », dont il est membre du comité d’organisation – une parmi ses innombrables fonctions. Une sorte de test sur ses terres d’adoption. L’auteur – qui en est à son cinquième spectacle écrit sur mesure pour Jean-Pierre Althaus comédien – ne cache pas qu’il était pétri de doutes. Lui, le génie, voire le géant protéiforme, du haut de ses 66 ans, était anxieux de la réaction du public? « J’ai douté jusqu’à la dernière minute. Le public, en ce 5juillet caniculaire, m’a rendu heureux, par son écoute, son attention et le plaisir qu’il témoignait » , confie Jean-Pierre Althaus. Ecrire un rôle pour soi, s’exposer, se mettre à nu, représente un nouveau défi pour l’acteur, pourtant rompu à l’écriture: journaliste, il est l’auteur de plusieurs ouvrages littéraires et de spectacles pour le théâtre.

 

L’écriture: passion dominante

Il a même consacré une biographie à la comédienne Emmanuelle Seigner. Si l’acteur et comédien estime pouvoir
s’appuyer sur sa longue expérience sur les planches et devant les caméras de télévision et de cinéma, l’écriture a pris au fil du temps le devant de la scène. Et devient un enjeu de taille. A tel point que le plaisir d’écrire supplanterait même le jeu théâtral.

Source : La Côte du 17 Juillet 2015